Du Marché de l’Art Contemporain Africain au Marché de l’Art en Afrique… Is it all about business?

#DakArt 2016 c’est fini ! Un Réenchantement et une feuille de route pour le Marché de l’Art en Afrique…

En participant à la conférence organisée par l’ASPA (1) le 2 mai dernier à Paris, puis au colloque de la 1ère édition du MADAK (2), le 9 mai 2016 à Dakar durant la Biennale d’Art Contemporain DAK’ART 2016, j’ai initié de nombreux échanges avec divers acteurs du Marché de l’Art et de la scène contemporaine africaine, et conforté une vision partagée des enjeux pour le Continent, soit le développement du Marché de l’Art en Afrique !Le Continent Africain enregistre aujourd’hui globalement 5% de croissance ! Le dernier rapport semestriel « Africa’s Pulse » de la Banque Mondiale, publié fin 2015, désignait cinq pays africains avec un taux de croissance estimé autour de 7 % entre 2015 et 2017 (3). Et parmi les facteurs porteurs de cette croissance, le rapport mentionnait les investissements dans l’énergie, dans les transports, dans le secteur extractif mais aussi une hausse de la consommation des ménages, avec l’émergence d’une classe moyenne, soulignant que plus de 160 000 millionnaires en dollars (US) avaient été identifiés sur le Continent (dont 48 000 en Afrique du Sud et 16 000 au Nigeria).

Si l’Art c’est l’art, le Marché de l’Art répond quant à lui à des règles économiques et financières, avec un enjeu crucial et complexe : l’établissement du prix d’une œuvre, qui se situe à la congruence de trois éléments indissociables, à savoir l’offre, la demande et le contexte. L’offre créative, c’est l’artiste qui la propose ; or sans retombées pécuniaires, l’artiste ne peut vivre de son art… Mais sans demande, sa création tout en restant de l’art, n’atteint pas le statut, envié sur le marché, de l’œuvre d’art… Le contexte, quant à lui, permet de situer à la fois l’artiste et son travail par rapport à une scène artistique globale et un marché mondial.

Un Marché de l’Art International, mais fragmenté et déséquilibré, avec 3 zones géographiques qui dominent ce marché en représentant à elles-seules 87% – et par ordre décroissant en 2015 :  USA, CHINE, UK. Or depuis cinq ans sur le continent africain, le nombre de biennales est passé de 7 à 15! Et dans ce contexte, la question posée par les intervenants du colloque organisé lors du MADAK à Dakar cette année,  a le mérite d’être explicite ! Comment organiser un Marché de l’Art en Afrique, voire dans la sous-région en Afrique de l’Ouest (UEMOA ET CEDEAO (4))? Quelle stratégie adopter alors, et avec quel business model afin de conserver en partie les richesses créées au Sud et ce, au bénéfice de la création artistique contemporaine du Continent ?

L’oeuvre d’art pour certains, en ces temps d’instabilité économique, apparait comme une valeur refuge. Alors une première question se pose dès lors que l’on évoque le Marché de l‘Art Contemporain Africain : quelles cotes ont réellement les artistes africains ? Le magazine Jeune Afrique début mai 2016 (5) s’interrogeait et mentionnait deux actualités artistiques majeures pour la scène contemporaine africaine, à la fois structurantes mais aussi selon mon analyse, signifiantes ! Car si ces deux évènements démarraient quasiment au même moment, l’un se situait au Sud, sur le Continent Africain, à Dakar au Sénégal – avec l’organisation de Dak’Art 2016 -12ème édition de la Biennale d’Art Contemporain Africain. Et l’autre au Nord, à New York où se tenait la Foire d ‘Art Contemporain Africain 1:54 pour sa 2ème édition aux USA. 

Hasard du calendrier ? Sans doute pas… Car si la première manifestation concernait la Création Africaine Contemporaine, la seconde traitait, elle, du Marché de cette scène artistique, illustrant ainsi mon propos.

Forte médiatisation de la scène contemporaine africaine certes ! Mais quels réels impacts pour le Marché de l’Art Africain Contemporain… sur le Continent ? Si de nombreuses initiatives individuelles traitent depuis quelques années déjà de la thématique, elles échappent pour la plupart à toute forme de coordination, et finalement aux principaux intéressés, soient les artistes et les Etats concernés en Afrique.

Le Marché de l’Art en Afrique : Zone francophone vs. Zone anglophone. Tous de constater une différence marquée entre le marché de l’art francophone et anglophone en Afrique, et notamment au niveau de la chaine de création de valeur de l’œuvre d’art. Des écarts notables sont enregistrés dans les cotes des artistes francophones et anglophones du continent et/ou de la diaspora, et ce, dans un rapport de 1 à 100, voire 1000 parfois pour les artistes les plus renommés. Et selon des experts du marché de l’art, ces valorisations s’expliqueraient notamment par des stratégies d’approche du marché, fort différentes. Si dans les zones francophones, on associe volontiers Art et Culture, les anglophones voient dans l’Art une opportunité de développement économique.  Et si l’on compare leurs cotes avec celles de certains artistes labellisés chinois, américains ou européens qui parlent d’elles-mêmes, on est en droit de se poser la question de la «profitabilité» de l’Art en Afrique ? 

Avec des débuts de réponses… A Sciences Po. à Paris, lors de la conférence organisée par l’ASPA, sur le thème : 
L’art africain contemporain : phénomène de mode ou réel potentiel à saisir ?, je pensais être confrontée à des questionnements sur la visibilité, au niveau international, de l’art africain contemporain (6). Or dès la 1ère diapositive projetée, l’objectif des organisateurs s’est affiché autrement, à savoir proposer une analyse de la réalité du Marché de l’Art en Afrique, rejoignant ainsi la thématique développée quelques jours plus tard à Dakar. Cette conférence, à laquelle assistait un public diversifié (une trentaine de participants : étudiants, amateurs d’art, artistes, collectionneurs, experts et autres connoisseurs…), était animée par un modérateur, Jean-Philippe AKA, critique et marchand d’art, et surtout éditeur du 1er rapport en 2014 sur le sujet – Art Africa Market Report (à signaler la sortie de la 2ème Edition prévue ce mois-ci). Il était entouré de deux autres intervenants, Désiré Amani (artiste-chercheur, performeur, chroniqueur et enseignant) et d’Eric Guettey (consultant en Art et spécialiste du développement des projets culturels), tous les trois d’origine ivoirienne. Et dès l’introduction de la thématique, il a été évoqué le véritable enjeu du débat : « l’art africain moderne et contemporain se trouve à un tournant crucial de son histoire. Et ce sont, après de nombreuses initiatives privées, aux institutions muséales et aux autorités publiques des pays concernés de donner le « La » aujourd’hui ! ».

De quoi parle t’on ? Selon Jean-Philippe AKA, c’est après les indépendances soit dans les années 1970 que l’on commença à nommer « art contemporain africain » (7), un ensemble de pratiques artistiques de l’époque. Après un bref rappel historique des évènements artistiques structurants, et ce, afin de démontrer qu’il y a à peine 50 ans (8), on commençait à parler de cette scène artistique en Occident – alors qu’elle a toujours existé sur le Continent – , il signale qu’aujourd’hui une trentaine de Grands Musées dans le monde exposent des artistes contemporains africains, proposant même à certains des solo shows comme la rétrospective du grand photographe malien, Seydou Keïta, au Grand Palais, à Paris, en ce moment… Pour Désiré Amani, l’art devant être défini avant tout comme une manière de faire et ce, quoi que l’on produise y compris des performances, il faudrait revenir sur l’adjectif « africain », associé à « art contemporain », afin de décrire une manière de faire propre au Continent. Tandis que le troisième intervenant souligne que sans le développement de politiques culturelles sur le Continent pour notamment assurer la promotion de ses artistes, point de salut !

L’organisation du Marché de l’Art Contemporain en Afrique. Une classification des artistes du Continent et de la diaspora est proposée, en considérant trois « familles» différentes :

  1. celle des artistes autodidactes, comme le congolais Chéri Samba qui offre depuis ses premières toiles une représentation de l’art populaire de son pays.
  2. celle des artistes formés à des techniques, telle que la photographie, comme le malien Malick Sidibé ou la sculpture, avec le Maitre sénégalais Ousmane Sow.
  3. celle des artistes ayant reçu une formation académique de type Ecole des Beaux-Arts comme le Ghanéen, numéro 1 sur le marché de l’art africain contemporain, El Anatsui, le Sénégalais Soly Cissé et bien d’autres.

Depuis 3 ans environ, le marché de cette scène contemporaine se trouve à un tournant majeur car de nombreuses initiatives à travers le monde sont en train de tenter de le structurer souvent par défaut : et c‘est là qu’il existe un véritable enjeu pour le Continent ! Si l’Afrique du Sud peut être considérée comme un marché à part entière, mature depuis longtemps – du fait notamment de l’histoire de ce pays –  avec un modèle économique qui fonctionne localement comme le BASA (Business and Arts South Africa) (9) -, certains chiffres illustrent le niveau d’émergence de ce marché, comme les 200 galeries d’art contemporain environ recensées sur le Continent, et le plus souvent constituées en espaces hybrides, allant du centre d’art à la boutique d’art.

Et si comme le rappelle justement Jean-Philippe AKA : «….aujourd’hui sur le marché de l’art, ce sont les collectionneurs qui créent le marché ….c’est aux africains eux-mêmes de consommer l’art pour créer une demande et échapper à toute forme de spéculation…», cela a suscité des échanges riches avec son auditoire et une première constatation : soit la nécessaire structuration du marché pour organiser son développement. Une proposition fut émise alors : « inventer un nouveau modèle économique pour le Marché de l’Art en Afrique, au-delà du schéma occidental de la galerie qui représente l’artiste, et selon certains un nouveau modèle de Biennale car celle comme Venise ne peut pas fonctionner en Afrique pour des questions à ce jour insuffisamment résolues, comme l’engouement du public local, la visibilité des artistes, l’organisation et le rayonnement d’un tel évènement « .

Synchronicité naturelle ou actualité brûlante pour le monde de l’Art en Afrique ? Quelques jours plus tard, à la Biennale de Dakar – Dak’Art 2016 (10) lors de la semaine réservée aux professionnels du Monde de l’Art se tenait la 1ère Edition du MADAK (2) : initié et organisé par l’incontournable Kalidou Kassé – Président de l’Association Internationale des Arts Plastiques déléguée auprès de l’Unesco/section Sénégal, en collaboration notamment avec Alassane Cissé, journaliste renommé, conseiller au ministère de la communication et Président de Baobab Production, un colloque questionnait la même thématique qu’à Paris, soit le Marché de l’Art en Afrique ;  avec comme sujet d’analyse cette fois, la Circulation et la Commercialisation des Oeuvres d’Art. Et fort heureusement des constatations communes sont ressorties de ces deux conférences quasi-simultanées, même si elles se tenaient à plusieurs milliers de kilomètres l’une de l’autre !

A Dakar, au MADAK, cette 1ère édition affichait clairement son ambition ; « au fil des prochaines Biennales, positionner la capitale sénégalaise comme un lieu incontournable du marché de l’art. Tout en participant parallèlement à la conservation de l’art en Afrique, en permettant à des collectionneurs du continent de conserver leur patrimoine et apporter ainsi des réponses à la délocalisation des créateurs (cf. la diaspora), et aux artistes du continent, de vivre de leur art ». Chaque intervention aborda un angle d’analyse spécifique du marché et de ses acteurs, et les orateurs étaient porteurs d’un message commun, à savoir  la nécessité de structurer l’offre et la demande d’un marché en émergence afin d’en conserver le contrôle sur le Continent.

Après une introduction du colloque par son président Kalidou Kassé qui, rappelant le contexte de ce forum, soulignait les enjeux pour chacun des acteurs qui forment les maillons de la chaine de valorisation de l’oeuvre d’art, les débats furent lancés en soulignant les rapports de force inégaux entre l’Occident et l’Afrique, en terme de flux marchands et de partage de richesses. Un premier intervenant a introduit la thématique du « Marché de l’Art sur le Continent » en le qualifiant d’emblée de « marché à part, du fait de son énergie, son dynamisme et de son modèle – même si émergent – car spécifique ». Etait rappelée ensuite la chaine de valeur entre l’artiste et l’acheteur de l’oeuvre d’art, à savoir : l’agent d’artiste, le courtier, le marchand, la galerie, l’expert en art, le critique d’art, le commissaire d’exposition, le collectionneur et last but not least, le commissaire priseur. Puis il a été fait remarquer que « (notre) art se vend en Occident … à des prix qui (nous) échappent », citant alors les quelques maisons de ventes aux enchères qui se sont jetées dans l’aventure de cette nouvelle spécialité comme Bonhams, Phillips de Pury, Gaia, Artcurial et j’ajouterai, Piasa et Millon en France comme Auction Room à Londres (et ce, sans compter les Operateurs de Ventes aux Enchères publiques sur le Continent qui officient au Maroc, au Nigéria et en Afrique du Sud notamment).

Les grandes lignes du rapport AKA 2014, ont été ensuite rappelées afin de donner à l’auditoire des ordres de grandeur en référence :

  1. Dans le Top 10 des artistes africains n’apparaissait en 2014 qu’un seul francophone – et seulement en 10ème position, en la personne du congolais Chéri Samba.
  2. Les prix des œuvres des artistes francophones du Continent pouvaient être dans un rapport de 1 à 100 avec les artistes anglophones, mise à part les phénomènes tels que Pascale Marthine Tayou ou Ousmane Sow, entrés notamment dans des collections privées.
  3. Parmi les 100 artistes cités dans le rapport, 40% venaient d’Afrique du Sud et 12% du Nigeria, soit 2 pays anglophones, avec une constatation ; l’offre de ces artistes anglophones « est plus adaptée au marché international, qui dicte les comportements d’achats des collectionneurs » ( cf. mimésis).

D’autres conférenciers ont souligné le contexte favorable de notre ère digitale du fait des comportements de consommation nouveaux, voire disruptifs, qu’elle implique, permettant souvent de raccourcir certaines étapes dans la chaine de valeur – (11) voir ma précédente chronique publiée au JDN – et faisant remarquer que « d’une ère d’économie créatrice, nous étions en train de passer à une ère d’économie créative, grâce notamment à l’intelligence collective et au partage collaboratif ».

Le président de l’Association PanAfricaine des Journalistes Culturels rappela aussi un maillon important et indispensable dans la chaine de valeur, soit la promotion de l’oeuvre d’art et de l’artiste, au travers des medias et des manifestations quelques qu’ils soient… Enfin on lista brièvement les principaux collectionneurs privés et fondations sur le Continent, soulignant au passage le manque d’institutions muséales. Certains participants comme Canelle Deus, Commissaire-Priseur de la maison de ventes à Paris, Pestel-Debord, insista sur les différences de législation entre les pays anglophones et la France, concernant la commercialisation des oeuvres et notamment le second marché – soit dès la revente de l’œuvre – pouvant ou non en favoriser la circulation, et donc à terme le développement de la demande. Le collectionneur suisse David Brolliet rappelant quant à lui comment se crée la cote d’un artiste, s’interrogeait sur le manque de galeries et de musées, considérant que cela pouvait impacter la visibilité des oeuvres…

Or des musées existent sur le Continent,  – même si le plus souvent ils exposent de l’art traditionnel -, et un projet de Musée d‘Art Contemporain à Dakar a été relayé dès l’ouverture de la Biennale aux autorités sénégalaises. Par ailleurs, ce sont près de 80 galeries au Sénégal, qui exposent l’offre contemporaine, chacune fonctionnant selon un modèle économique qui lui est propre, et souvent différemment des modèles occidentaux. La conclusion des débats fut l’occasion de rappeler la nécessité de publication de statistiques officielles afin de cerner au plus près le marché domestique, et une volonté affichée, celle d’éditer les actes de ce premier colloque, en guise de ligne éditoriale et directrice pour les actions à mettre en œuvre.

Des premières recommandations pour la création d’un Marché de l’Art en Afrique… Et ma feuille de route ! Suite à ce forum, j’ai eu l’occasion de rappeler à mes interlocuteurs, organisateurs et intervenants du Marché de l’Art, ainsi qu’à certains acteurs privés et représentants des instances sénégalaises, comment le Marché de l’Art aux USA (1er marché aujourd’hui en terme de poids économique) avait été soutenu en premier lieu par le gouvernement américain notamment avec le plan Marshall (12) et son volet culturel – qui posait comme principe et priorité, la promotion des artistes américains, prônant chaque fois qu’il le pouvait un patriotisme culturel -la culture faisant partie intégrante de la puissance économique du pays !

Par ailleurs, j’ai évoqué le modèle chinois et l’émergence dans les années 2000 « from scratch » d’un Marché de l’Art domestique en Chine, grâce notamment à la mise en visibilité des oeuvres – et donc des artistes locaux – sur des plateformes spécialisées, et ce, à l’initiative des premiers collectionneurs (et notamment la DSL Collection @Sylvain Lévy)Enfin j’ai souligné que le Marché de l’Art Contemporain s’organisait aujourd’hui du fait des prescripteurs, les collectionneurs, à partir d’une « convention d’originalité », suivant laquelle la valeur des œuvres dépend fortement de leur caractère novateur… Et que cela distingue, de fait, une production d’art, de l’œuvre d’art, qui, pour être également contemporaine, relève plus d’une convention que l’on pourrait qualifier d’« artisanale », s’attachant à la bonne facture, et/ou à des qualités décoratives.

Structurer l’offre, attirer la demande, favoriser un développement du Marché de l’Art dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest, et en premier lieu en zone UEMOA (zone franc CFA), en proposant une réglementation qui pourrait être adaptée à chaque pays concerné; en vue notamment de donner un statut à l’artiste et ses ayant-droits – et donc de valoriser l’objet d’art – , d’attirer de nouveaux collectionneurs, de favoriser la production en promouvant le mécénat, et ainsi de participer activement à la « profitabilité » du Marché de l’Art et de son développement durable sur le Continent !

Soutenir la création artistique du Continent passe certainement par la mise en œuvre d’actions coordonnées, comme la formation des publics afin notamment d’éduquer l’œil. Par ailleurs, comme toute activité économique, le Marché de l’Art se développe aussi de façon virale aujourd’hui : et il est alors recommandé de s’appuyer sur les réseaux sociaux, pour donner plus vite et plus fort, de la visibilité aux artistes du Continent !

Enfin, oser aborder un sujet incontournable s’il s’agit de structurer un marché, soit l’insuffisante valorisation, en tant que « valeur marchande » de l’objet d’art, sur le Continent, qui semble encore réservé à une élite, et adapter cette offre marchande au niveau des attentes du marché.

Selon la philosophe Seloua Luste Boulbina, rencontrée lors d’un happening OFF à Dakar organisé à la Raw Material Company, parler de « décolonisation des savoirs », c’est interroger les transferts de connaissance, la circulation des idées, et se demander ce que l’on a appris, ce que l’on apprend, ce qu’on peut apprendre d’autrui quel qu’il soit et d’où qu’il vienne. On y est !

Tout ou presque existe sur le Continent pour développer un Marché de l’Art en Afrique … Chaque intervenant de la chaine de valeur doit pouvoir alors y trouver sa juste place, et chaque nouvel entrant doit savoir apporter/ transférer sa compétence propre, afin de co-construire un modèle économique gagnant-gagnant, afin de :

  • donner un statut professionnel à l’artiste,
  • permettre à l’intermédiaire marchand, sous quelle que forme qu’il exerce, de promouvoir sur le marché international une offre artistique foisonnante,
  • faire en sorte que des professionnels du Marché de l’Art puissent transférer leurs connaissances, et notamment en formant des experts du Marché de l’Art comme le propose en France et à l’international, l’#IESA – Ecole des Métiers de la Culture et du Marché de l’Art – , ou bien encore des maisons de ventes internationales, comme la première d’entre elles, Christie’s, afin de mettre leur expérience du second marché et de la commercialisation des œuvres d’art au service d’un marché en émergence, en participant par exemple à la formation des premiers commissaires-priseurs et autres experts sur le Continent.

Les autorités des pays concernés, notamment en zone UEMOA, ont alors un rôle à jouer prépondérant en vue de favoriser un développement rapide et pérenne d’un Marché de l’Art intérieur, et ce, de façon « co-ordonnée », afin que s’harmonisent initiatives privées, avec la vision stratégique et politique du développement de leurs pays, et ce, à partir d’une approche globale :

  1. Valorisation du travail des artistes du Continent en leur offrant une visibilité mondiale
  2. Définition d’un business model adapté à la réalité sociale et économique des pays concernés
  3. Développement de la demande de collectionneurs locaux, et invitation des collectionneurs d’ailleurs pour venir à la rencontre de la création africaine sur le Continent.

Des évènements annonciateurs d’un tournant majeur pour le Marché de l’Art en Afrique ont eu lieu au Sénégal :

  • Le Ré-enchantement d’une biennale historique
  • La création du MADAK (2)
  • L’expression par certains acteurs majeurs – comme notamment le Président du comité d’orientation de la Biennale, Baïdy Agne et le Commissaire de la Biennale Simon Njami – d’une volonté forte, relayée aux plus hautes instances du pays, de doter Dakar – ville phare sur le continent pour l’art, d’un grand musée d’art contemporain.

La prochaine étape pourrait être alors la promotion d’une diplomatie culturelle qui soulignerait  la valeur marchande de l’objet d’art du Continent, qu’il soit ancien, populaire, artisanal et/ou plastique et visuel (peinture, sculpture, gravure, vidéo, photographie, numérique), ainsi que le développement de lieux d’exposition de la création contemporaine comme les musées (13).

Car un musée est une institution, dans le sens que son choix de programmation artistique et d’acquisition d’œuvres pour l’établissement d’une collection permanente, valorise la création, tout en créant une mémoire collective !

Des endroits possibles, déjà construits ou non, existent au Sénégal ; et le développement de la nouvelle ville de Diamniadio, juste à une vingtaine de minutes par autoroute de la presqu’ile de Dakar, et proche du nouvel aéroport de Diass, pourrait permettre d’accueillir des espaces de création et d’exposition des artistes, de même ampleur que le fameux Art District 798 à Pékin. 

Si certains s’interrogent encore pour savoir si les artistes africains ont vraiment la cote, le temps est plutôt venu de se pencher de façon professionnelle sur la plus juste façon de créer et/ou de soutenir leur cote, que ce soit sur un premier marché domestique que sur un second marché plus international… Les œuvres proposées au marché devront alors être identifiables, authentifiées, expertisées tant pour constater leur état que pour recommander leur conservation à venir, afin de créer leur valeur dans le temps. L’un des tous premiers collectionneurs d’Art Africain Contemporain en Occident, Jean Pigozzi (cf. JA 2 mai 2016) a voulu rappeler –  lors de sa visite récente à Paris de la superbe rétrospective – au Grand Palais – de l’artiste photographe Seydou Keita – que les cotes des artistes africains ne s’envoleront que lorsque les africains achèteront aussi leur art…

Or le marché de l’art en ligne, grâce à ses acteurs innovants, et notamment des plateformes de plus plus performantes, s’y emploie, et ce, de plus en plus facilement, depuis un ordinateur, un Smartphone, un lieu connecté à Internet, permettant alors si l’offre existe depuis toujours, qu’elle soit plus visible et accessible partout !

Last but not least… Qui dit marché dit rencontre plus ou moins régulée d’une offre et d’une demande, aboutissant à la conclusion de transactions !

Dans le dernier rapport du groupe international Deloitte, Art & Finance, des actions très concrètes ont été évoquées en vue de drainer la demande vers des marchés domestiques (émergents ou non), comme la création de Ports francs et d’une législation favorable à l’achat d’Art ! Ou bien encore  afin de contribuer à la chaine de valorisation de l’œuvre, l’organisation d’une Foire Internationale d’Art Contemporain locale, car si des foires internationales existent pour promouvoir la scène artistique contemporaine africaine, c’est, sauf erreur, en dehors du Continent ou bien en Afrique du Sud (14).

Une dernière question se pose si l’on parle du Marché de l’Art en Afrique : Quid du continuum entre Art ancien et Art contemporain, africain (15) ? Un seul marché ? Une seule spécialité ? Déjà des maisons de ventes anglophones, encore pionnières sur le sujet, ont initié des départements « African Arts » dans lesquels sont regroupés des spécialistes de l’art ancien dit Tribal Art, de l’Art Moderne et de l’Art Contemporain Africain…

2017 sera l’année de l’Art Contemporain Africain en France, pour ceux qui doutent encore de l’émergence ou plutôt de l’existence de ce marché au niveau international ! Et dès cet automne, des initiatives privées d’ampleur ouvriront le bal, comme la 1ère Edition d’une Foire d’Art Contemporain Africain en France, AKAA (Also Known As Africa) à Paris. Puis en début d’année, des Foires comme Art Paris Art Fair – Edition 2017, et des fondations de renom, proposeront un focus sur l’Art Contemporain Africain.

Pour conclure, l’augure de Giles Peppiatt, Directeur du département d’Art Africain Contemporain chez Bonhams, cité par le magazine Jeune Afrique : « c’est en structurant l’offre et la demande dans la durée, que le marché de l’art contemporain africain (et j’ajouterai tant au niveau domestique qu’au niveau international), pourra éviter une spéculation à la chinoise – qui le fragiliserait alors – , soit une baisse de valeur dès que certains investisseurs, au gré des économies fluctuantes, décident de se retirer… ».

Alors, si sur le Continent, on s’attache à promouvoir toute action mise en œuvre pour valoriser l’art en tant qu’activité professionnelle et donc lucrative, comme la création de résidences pour les artistes locaux, ou la construction de circuits de financement de leurs productions (et le crowdfunding n’a rien inventé car un système ancestral de financement participatif préexistait en Afrique – la tontine – et prédomine encore souvent dans certains secteurs économiques), on évitera à terme certainement qu’une éventuelle spéculation sur la création africaine soit le fait de l’Occident voire de la Chine, qui mène déjà des actions très concrètes (16) et significatives sur le Continent en vue de capter l’art en train de se faire…

Car si l’Art est certainement une manière de faire, l’Artiste réellement un magicien qui détient ce talent, le Marché de l’Art is all about business anyway !

 

© Marion Dupuch-Rambert,

Fondatrice de GoBetween Art Agency – Expertise Marché de l’Art en ligne, Commercialisation et Diffusion d’Oeuvres d’Art.

Editrice du Blog sur le Marché de l’Art Contemporain Africain   http://GoBetweenAfrica.com

(1) ASPA – Association des Etudiants de Sciences Po. Pour l’Afrique

(2) MADAK – Le Sénégal a été à l’initiative de la première édition du Marché international de l’Art de Dakar (MADAK) du 3 mai au 10 mai 2016 en marge de la 12ème édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, Dak’Art. Les organisateurs du MADAK, ont lancé un débat afin « de contribuer à la fluidité de la circulation et à la commercialisation des œuvres d’art contemporain et des pièces antiques dans le continent, et à travers le monde compte tenu des enjeux et des mutations dans le secteur de l’art, pour l’émergence en Afrique d’une véritable économie de l’art. Le MADAK de par son initiative lors de la première semaine de la Biennale souhaitait créer un forum entre les artistes , les collectionneurs d’art, les galeristes, les antiquaires, les marchands d’art, les critiques d’art, les experts et consultants en Art, les journalistes spécialisés, les musées privés comme publics, les mécènes, les fondations , les entreprises privées, les institutions nationales, régionales et internationales entre autres afin d’échanger sur une thématique commune « le marketing, la commercialisation, la cotation et la circulation d’œuvres d’art africain à travers le monde ». Pour rappel le premier événement concernant le marché de l’art,  le FESMAN a eu lieu en 1966 à Dakar.

(3) Ce rapport qui analysait les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne (Zones UEMOA ET CEDEAO notamment) désignait ainsi la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Mozambique, le Rwanda et la Tanzanie comme figures de proue. Soulignant par ailleurs que de nombreux autres pays d’Afrique Subsaharienne continueraient d’afficher une croissance économique robuste en dépit de la baisse de régime qu’enregistre la région et ce, en raison d’un environnement économique mondial moins favorable.

(4) UEMOA – Union économique et monétaire ouest-africaine composée de 8 Etats membres qui sont tous en zone Franc CFA Bénin, Burkina Faso, Côte d’ivoire, Guinée Bissau , Mali Niger, Sénégal, Togo) apparaît comme un véritable outil d’intégration sous régional. Cette structure est donc la bienvenue dans la mesure où elle prend en compte l’aspect économique et monétaire de la sous région ouest africaine. Vu que cette structure ne comprend que 8 États, elle peut être en mesure de mieux appréhender les défis à relever. Plus concrètement elle s’est dotée d’un puissant outil économique et financier, en l’occurrence la BRVM (Bourse Régionale des Valeurs Mobilières)

CEDEAO  – Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (compte aujourd’hui 15 États membres UEMOA plus le Cap Vert, Gambie, Ghana, Guinée, Libéria, Nigeria et Sierra Leone

(5) Les artistes africains ont-ils vraiment la cote ? Jeune Afrique du 2mai 2016 

(6) D’autant plus que l’accroche de la manifestation mentionnait :  «  Congo Kitoko, exposition phare de la fin d’année 2015 à la Fondation Cartier pour l’Art contemporain : des milliers de visiteurs, et une exposition qui a été prolongée de 2 mois de par son succès fulgurant. Lumières d’Afrique, au théâtre national de Chaillot en novembre dernier : 54 oeuvres des 54 pays africains. Une exposition éphémère qui a fait parlé d’elle. L’art contemporain africain pose ses valises dans des lieux mythiques et a le vent en poupe ».

(7) Contemporary African art is an expression commonly used to define the sum of styles and national productions of the African continent, the production of African artists, the production of Africa analyzed as a whole, the artistic, cultural and institutional dynamics of the African continent, the contemporary art so-called African or a contemporary artisticproduction linked to Africa.

(8)

  1. En 1979 se crée à Berlin une première exposition en Europe avec 47 artistes et 400 œuvres présentées dans une institution muséale sur le sujet « Modern Kunst Aus AfrikA »
  2. 1989, c’est l’exposition de renommée  internationale, à l’initiative du curateur Jean-Hubert Martin au Centre Pompidou
  3. 1991, c’est à New York que s’exprime l’art contemporain africain avec African Explorers à l’initiative de Suzanne Voguel
  4. Puis Africa 95 – Africa: Art of a Continent – à Londres 
  5. Avant Africa Remix en 2005 à Paris (commissaire Simon Njami), après une exposition à Dusseldorf (curateur Jean-Hubert Martin)

(9) BASA http://www.basa.co.za) promotes mutually beneficial, equitable and sustainable business-arts partnershipsfor the benefit of the whole of society.

(10) La Biennale de Dakar organise depuis 24 ans une manifestation culturelle artistique qui révèle l’actualité de la création artistique contemporaine du continent et de la diaspora africaine : occasion de rencontres, d’échanges d’expériences entre artistes et professionnels du Monde de l’art durant la première semaine du 3 au 10 mai 2016 avec un Dak’art off 2016 qui déploie dans tous les recoins de la ville de Dakar depuis les grands espaces publics jusqu’aux quartiers les plus populaires, plusieurs centaines d’happenings. 

(11) De la digitilisation à l’ubérisation, un marché de l’art en pleine mutation… http://www.journaldunet.com/patrimoine/expert/63916/de-la-digitalisation-a-l-uberisation–un-marche-de-l-art-en-pleine-mutation.shtml

(12) Plan Marshall et Culture http://spire.sciencespo.fr/hdl:/2441/4b1hq9muclp43is97f28j144p/resources/l-art-et-la-guerre-froide-une-arme-au-service-des-etats-unis.

(13) Les Institutions muséales d’Art Contemporain en Afrique et les initiatives privées :

Le musée à Rabat Mohammed V, le musée de la Fondation Zinsou au Benin, la Fondation Sindika Dokolo en Angola, la Fondation Donwahi a Abidjan, les prochains musées comme celui en Afrique du Sud de l’Allemand, ancien Président de la marque sportive Puma, Jochen  Zeitz qui ouvrira ses 9500 m2 du ZeitzMuseum of Contemporaray art in Africa à Cape Town  en 2017… ou du Nigerian Yemisi Shyllon – Fondation Oyasaf qui a souhaité construire son musée pour abriter au Nigéria sa collection d’art contemporain, ainsi que des collectionneurs privés comme Patrice Talon (Président Bénin), Gervanne et Matthias Leridon (Fonds Tilder),  les Sénegalais Sylvain Sankale et Bassam Chatou, Joelle le Bussy – les ivoiriens Galerie Guirandou et Galerie Cécile Fakhoury,  le britannique Robert Devereux entre autres

14) 1:54 à New York et à Londres créée en 2013, AKAA qui s’ouvrira pour sa premiere édition à Paris en novembre 2016 et en Afrique du Sud FNB Joburg Art Fair 9 au 11 septembre 2016, puis à Cape Town Art Fair en fevrier 2017 

 15) L’Art Africain ne se résume pas aux masques et statuaires rituels ; il englobe la tapisserie exécutée d’après le carton de l’artiste, les tableaux, peintures et dessins faits entièrement à la main par l’artiste, les gravures originales, statuettes et sculptures originales exécutées de la main de l’artiste, les céramiques et les émaux signés de la main de l’artiste, les photographies à tirage limité, les installations et œuvres numériques. 

16) Depuis le 23 mai une exposition internationale à l’initiative d’artistes sénégalais et chinois, intitulée « 54+1 – Puissance Verte pour l’Avenir » pour symboliser les 54 pays d’Afrique et la Chine, l’exposition a pour objectif de consolider le partenariat culturel entre la Chine et l’Afrique et particulièrement entre la Chine et le Sénégal…Organisée dans le cadre de l’édition 2016 de la Biennale de l’art africain contemporain. Jin Jiangbo, un des initiateurs chinois, a expliqué que l’exposition est un moyen pour les Chinois « d’aller vers les autres sur le plan culturel. Dakar est une perle et tout le monde l’aime. C’est pareil pour Shanghai. Notre objectif, c’est de rapprocher ces deux bijoux par le biais de la culture et notamment de l’art et nous y croyons. Nous voulons aussi, à travers notre art, matérialiser l’idée de la globalisation d’un monde qui bouge. C’est quelque chose de très important pour nous. Nous voulons donner une autre vision de l’Afrique à ces artistes qui vont découvrir le contient », a ajouté l’artiste chinois. Pour rappel, les artistes chinois ont exposé pour la première fois à la Biennale de Dakar en 2014. Les initiateurs de l’exposition « 54+1 » ont également annoncé qu’une plate-forme sera mise en place pour mettre en exergue les nouvelles découvertes sur l’art africain contemporain.

Marion Dupuch-Rambert

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :