Romuald Hazoumé

Romuald Hazoumé
©La Croix – 2015

Romuald Hazoumè né le 2 Mars 1962  à Porto-Novo en République du Bénin, est surnommé   » l’artiste bidon » du fait de son travail de récuperation de ces objets incontournables sur le continent.

Il est sculpteur  et peintre.

Romuald Hazoumé est Yoruba d’origine. Très jeune, il s’est attaché à valoriser les éléments de son environnement. Après avoir été un brillant élève, il pratiqua le sport de haut niveau avant d’embrasser sa carrière de peintre – sculpteur. Il a été le tout premier artiste qui a su transformer les déchets de son environnement en œuvres d’art, exprimant ainsi sa personnalité et son talent à travers plusieurs sculptures et masques réalisés depuis les années 1980 avec des matériaux de récupération. Artiste émérite, il donne vie, par ses œuvres, à son imagination pour réitérer toutes les étapes de la création et donner une interprétation moderne des faits de société.

Malgré sa grande ouverture sur l’Occident et ses nombreuses opportunités d’installation hors du continent africain, il reste un béninois attaché à son terroir, garde contact avec le culte des ancêtres et s’incarne dans le vodoun.

Ainsi, depuis 1993, il se lance dans l’interprétation plastique du Fa, l’oracle qui préside à la divination et qui est comparé à une cosmogonie, une bible ou un coran jamais rédigé. Cette œuvre studieuse – tant elle exige une longue et rigoureuse initiation – est transmise de père en fils et représente pour Romuald Hazoumé, une évidence parce qu’ayant réponse à tout.
Par une importante série d’œuvres entreprises dans cette lancée, et où s’agencent pigments naturels et matières organiques se rapportant à l’origine du Fa, l’artiste veut dévoiler l’invisible et regrouper des caractéristiques communes à des cultures différentes.
représente des masques Fa, faits grâce aux bidons d’essence, fléau du Benin.

En  Septembre 2007, le Prix Arnold Bode doté de 10.000 euros lui est décerné à la Documenta 12 de Kassel(Allemagne).
Son regard rsur les conditions de vie difficiles dans un pays du tiers monde et l’accès immédiat aux misérables objets quotidiens confèrent à l’œuvre une authenticité et une force explosive subversive qui immunisent contre des perceptions exotiques-nostalgiques ou simplement esthétiques. Avoir développé un langage visuel, à la fois autonome et mondialement compréhensible, pour son témoignage contemporain empathique, c’est ce qui constitue la grande performance artistique de Romuald Hazoumé

Au Bénin, son pays d’origine, il a longtemps fait figure d’illuminé. “Mes parents, surtout, me prenaient pour un malade, ils ne comprenaient pas pourquoi je voulais être dans l’art.” Artiste contemporain, plasticien, c’était un métier qui n’existait pas au Bénin, avant que Romuald Hazoumé ne “l’invente” à la fin des années 80. “… un jour, j’ai décidé de me lancer dans l’art. Une idée qui ne m’avait jamais traversé l’esprit auparavant, même si j’avais toujours fait de la sculpture.”

Du jour au lendemain, il se met à travailler les métaux et à peindre. Mais à Cotonou, la capitale économique du Bénin, pendant des années, nul ne le prend au sérieux. D’ailleurs, à cette époque, personne ne s’intéresse à l’art contemporain. “Les artistes béninois faisaient des “copies” de l’art occidental. Il y avait bien quelques riches Béninois et Occidentaux pour acheter leurs imitations des œuvres impressionnistes, mais franchement, je ne voyais pas l’intérêt de me lancer dans cette voie. Notre culture est très riche. Pourquoi ne pas s’en inspirer pour réaliser des œuvres originales ?”

Porto Novo, la ville natale de Romuald Hazoumé, est la capitale du trafic d’essence. 90 % du carburant consommé au Bénin vient illégalement du Nigeria. Alors, en s’inspirant de son quotidien, Romuald a une idée. Avec les bidons d’essence utilisés pour le “kpayo”, la contrebande, il façonne des masques africains. Une référence au passé de l’Afrique et à son présent. Le succès est immédiat. Dès 1989, ses œuvres sont exposées au Brésil. David Bowie achète trois “masques bidons”, 2000 dollars pièce. À l’époque, c’est une petite révolution pour un artiste contemporain africain. Depuis lors, dans le monde de l’art, la cote d’Hazoumé n’a cessé de monter. À l’ouverture du musée du quai Branly, en 2006, une de ses installations a fait sensation, La bouche du roi, une exposition de masques bidons au milieu de bateaux qui participent à la traite négrière. Cette installation a été achetée par le British Museum. “La bouche du roi, c’est l’estuaire du fleuve Mono. Là où les Portugais venaient acheter leurs esclaves. Si j’utilise des éléments modernes pour parler du thème de l’esclavage, c’est parce que je pense que cela reste un problème très actuel. Aujourd’hui, il y a des esclaves modernes avec la mondialisation sauvage. Pas simplement en Afrique. Quand je vais à Londres, je vois tous ces (…) paumés qui ont dû quitter leur pays pour des raisons économiques”, se désole Hazoumé.

Hazoumé veut se battre pour changer la donne. Il ne peut s’empêcher de penser que sa trajectoire peut servir d’exemple. “Je n’ai jamais voulu faire comme tout le monde. Au lycée, j’ai choisi d’apprendre l’allemand par pur esprit de contradiction… Comme tout le monde jouait au foot, je me suis orienté vers le judo”, avoue celui qui a été sélectionné dans cette discipline pour les Jeux olympiques de Séoul. Finalement, son goût pour la contradiction s’épanouira dans l’art. “Je n’ai jamais voulu étudier aux beaux-arts, je considère que c’est une perte de temps. Je ne veux pas apprendre à faire de l’art comme les Occidentaux, explique-t-il. J’ai préféré voyager. Grâce à mes périples, je parle couramment une dizaine de langues africaines. J’ai fait une cinquantaine de voyages en Allemagne, c’est là-bas que j’ai vraiment appris cette langue, pas sur les bancs du lycée où j’étais vraiment nul.” Autre sujet d’agacement pour Hazoumé : la prétention des Occidentaux à vouloir enseigner l’art aux Africains. “Ils pensent avoir tout inventé. Mais sur ce continent, nous faisons de l’art depuis des milliers d’années. Simplement, nos œuvres sont au service de la communauté. J’ai d’ailleurs envie de servir les miens. Faire de l’art, c’est mieux que faire de la politique. On peut tenir un discours honnête, sans mentir.”

Malgré son succès international, Hazoumé refuse de quitter le Bénin. “Il faut reconstruire l’Afrique, chacun à son petit niveau. Montrer que les Africains peuvent réussir, mener des actions collectives sans se déchirer.”

Si l’on prononce devant lui le mot autodidacte, il esquisse une grimace : “C’est un terme qui ne convient pas à l’Afrique. Ici, personne n’est autodidacte. Dès notre plus jeune âge à Porto Novo, nous sommes initiés. Nous rentrons dans des sociétés secrètes où l’on nous apprend à faire des masques. Ce qui compte au Bénin, c’est d’avoir été choisi par le “fa” (l’oracle). Si le fa a jeté son dévolu sur vous, on vous fera accéder à certaines connaissances, c’est plus important que les années d’apprentissage”, explique Hazoumé, dont l’aïeul était un “babalao”, un “prêtre du fa”, venu du Nigeria. “Je suis ce que l’on appelle un “haré”, un itinérant, qui possède une connaissance léguée : elle permet d’être au-dessus des autres et de savoir mieux faire que ceux qui ont reçu un long apprentissage. Si le fa (l’oracle) décide que c’est toi qui aura ce don !” affirme Hazoumé sans broncher.

Inutile de lui demander de préciser sa pensée, Hazoumé répond par une autre énigme : “Celui qui sait ne dit pas qu’il sait !” et “Celui qui est de l’autre côté de la ligne ne dit pas qu’il est de l’autre côté de la ligne.”…

Sources: Le Monde

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